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Es-tu pour l'avortement?

 

Lorsque j'avais 16ans - et un instinct maternel déja bien développé- , je vous aurais sans doute répondu:

"grand Dieu, non! Si j'avais un bébé, je le garderais!"

Je n'avais aucune idée de tout ce que la maternité impliquait: pour moi, il était hors de question d'ôter la vie à un petit être qui n'avait rien demandé à personne, et qui n'avait besoin que d'une chose: de l'amour! Parce-que de l'amour, j'en avais à revendre!! Hum....Ouais.

 

Et puis, une amie est tombée enceinte, une grossesse non désirée. Alors que toute la classe de future puéricultrices que nous étions lui jetait la pierre, il restait tout de même un petit groupe pour la soutenir, conscient que l'avortement était pour elle le meilleur moyen de poursuivre ses études, et de mener à bien ses projets d'avenir. Je faisais partie de ces personnes, et aujourd'hui, je me félicite d'avoir pu comprendre, déjà à l'époque, que la question de l'avortement n'imposait aucune réponse toute faite. Je me félicite parce-qu'alors qu'on pourrait pardonner à une adolecente d'avoir des idées trop arrêtées, il m'est en revanche plus difficile de comprendre qu'un adulte, qui a un plus gros bagage de vie puisse encore tenir des propos si définitifs. Il y a des tas de paramètres à prendre en compte quand on parle d'avortement: le plus important étant le choix individuel. Chaque personne, chaque vie est différente, et qui sommes-nous pour juger une femme en lui imposant la façon dont elle doit vivre, penser, ou ressentir? N'oublions pas que ce sera elle qui devra vivre avec la conséquence de ses actes, pas nous.

Alors que tout le monde fait "des erreurs" je doute sincèrement qu'un grand nombre de femmes se soient un jour réveillées en se disant: "Tiens, je vais faire l'amour aujourd'hui, et puis, pourquoi pas tomber enceinte et avorter?" Biensur il existe des actes inconscients, et il y a aussi les accidents de pillule, les oublis, les dysfonctionnements, ou que sais-je encore? Mais l'important n'est pas de savoir comment quelqu'un en est arrivé à cette situation. La priorité, selon moi, est de reconnaitre qu'une femme est dans une situation qui lui est pénilble voire insupportable, et de se demander ce qu'elle peut faire pour s'en sortir, ou encore mieux, se demander comment nous pourrions lui venir en aide. 

Je crois que l'erreur est humaine, et que nous avons tous pris des risques à un moment ou l'autre de notre existance, et même si ces derniers n'ont pas impliqué une vie naissante, ils ont peut-être impliqué la vie de quelqu'un d'autre. Ces erreurs ont sans doute eu des conséquences sans que l'on remette forcément nos choix en cause. Alors j'entends d'ici les "anti-avortement" dire qu'il faut assumer ses erreurs. Les bons vieux discours poussiéreux du style "Tu as pris plaisir à le concevoir, tu ne t'es pas protégée correctement, hé bien maintenant, ASSUME!" A ceux là, j'aurais bien envie de répondre qu'assumer peut se traduire aussi par accepter de devoir vivre avec un avortement sur la conscience. Faire une erreur n'implique pas d'en payer le prix fort, mais plutôt de comprendre et essayer de ne pas reproduire. Et puis, accâbleriez-vous de la même façon un père qui renonce à sa paternité? Certes, le courageux monsieur n'aura pas mit terme à une vie, non. Au lieu de ça, il a laissé exister un être qu'il n'élèvera jamais, qu'il ne nourrira et n'aimera jamais et dont il laissera l'éducation et tout ce qu'impose la parentalité aux mainss d'autrui! A lui, ne lui diriez-vous pas: "ASSUME" ?! Non, parce-que vos discours datent d'un autre temps où les femmes ne s'étaient pas encore battu pour l'égalité des sexes, mais je m'éloigne du sujet.

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Aujourd'hui,  je suis moi-même mère. J'ai "assumé" (puisque c'est le mot d'ordre) mon premier enfant, qui était le fruit d'un "accident", alors que j'avais à peine 19ans. Et si mes enfants m'apportent un bonheur immance, j'ai pris conscience de la réalité: un enfant n'est pas simplement un joli poupon à qui il faut donner beaucoup d'amour. Un enfant demande du temps, de l'argent, des sacrifices. Un enfant oblige à renoncer à des projets, revoir ses principes, se poser des questions continuellement. Et dans ce cas, je constate que les "anti-avortement" brillent par leur absence: aucune des personnes qui m'ont mis la pression pour que je poursuive ma grossesse, alors que moi-même je n'avais pas encore admis que j'étais bel et bien enceinte, ne s'occupe d'eux à ma place: personne ne m'a proposé de l'aide lorsque j'ai eu envie de reprendre des études ou travailler. Personne n'a payé les soins médicaux, les fournitures scolaires, ou les millers de dépenses liées à l'évolution d'un enfant. Personne ne m'a demandé si j'avais besoin d'un conseil lorsque j'étais perdue entre les biberons et les couches, personne ne m'a proposé une heure de baby-sitting lorsque j'étais enfermée des journées entières et que j'aurais aimé pouvoir souffler un peu. Mais  surtout, personne ne s'est soucié du fait que ces enfants vivent correctement ou soient bien éduqués.

"ASSUME" ! Il faudrait plutôt dire: "Mets au monde cet enfant, peu importe s'il est malheureux, c'est un foetus, il aura une vie! peu importe sa qualité"

J'ai remarqué aussi qu'on parle continuellement de cet enfant en devenir sans prendre compte de  l'état de la personne qui le porte. Est-ce important si cette personne est incapable de s'en occuper? si elle le fait à contre-coeur ou si elle doit renoncer à la vie dont elle avait rêvé? Le prix pour avoir couché une fois sans protection ou avoir vomi après avoir pris sa pilule semble coûter bien cher...

En outre, avoir un enfant peut non seulement entraver à notre qualité de vie mais aussi à celle des autres. Et, contrairement à ce qu'on peut penser, je crois que l'avortement n'est pas forcément un choix égoïste. Je trouve aussi qu'il faut avoir beaucoup de courage pour prendre conscience qu'on ne pourra pas être une bonne mère, ou qu'on ne pourra pas offrir au foetus que l'on porte, la vie qu'il mériterait. Je pense qu'une femme sera poursuivie toute sa vie par le choix qu'elle s'est imposé de faire, et qu'il n'y a pas besoin d'un tas de campagnes "anti-avortement" pour lui rappeler que son acte est loin d'être annodin. Personne n'avorte par plaisir. Une femme qui avorte le fait parce-que, selon elle, c'est le seul choix possible. Et personne ne peut discuter ça. Personne n'est en droit de décider si elle avait tort ou raison de prendre cette décision. Ne la culpabilisez pas, elle s'en chargera bien toute seule.

 

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L'avortement, comme tout ce qui concerne la maternité est un choix personnel. Acceptez-le ou non pour votre propre corps, mais ne l'imposez pas aux autres. Selon moi, vouloir interdire l'avortement ne fera qu'aggraver les choses! Les femmes n'arrêteront pas d'avorter: en revanche, elles risqueront de le faire dans des conditions douteuses  sinon dans des délais où les conséquences seront peut-être plus graves, tant pour elles que pour l'embryon, quitte à en oublier le respect de leur propre corps. Autrement dit "sauver une vie pour en détruire une autre", et peut-être au final, en ressortir deux vies, sinon plus, de qualité médiocre.

Aujourd'hui, je suis à l'aube de mes 30ans, et mon instinct maternel est toujours aussi développé. Mais si on me demande encore "Es-tu pour l'avortement?" Sans aucune gène, je vous répondrai "OUI". Parce-que, je refuse de faire culpabiliser quelqu'un pour des choix que je ne devrai ni subir, ni assumer.

Pour terminer, je dirai qu'il est facile de juger les actes des autres.  Si chacun était capable de voir plus loin que ses convictions, le monde se sentirait probablement mieux. Essayer de comprendre, même sans y parvenir n'est pas un échec. Accepter un choix que l'on ne comprend pas est une forme d'intelligence. Peut-être devrions-nous dépenser notre énergie à corriger nos propres défauts pour devenir quelqu'un de meilleur plutôt que de s'attarder aux imperfections de nos semblables de manière intélorable. 

Sur ce, bonne journée!

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